Comme d’habitude après une nuit de 7H et toute cessation d’activités sauf celle vitale, (respiration principalement), je me lève « bon pied, bon œil », quand : AIE !!! m’exclames-je de douleur en posant justement la partie inférieure de ma jambe droite sur le sol. Plus précisément un doigt de ce pied droit, qui se rappelle à moi

                                                               DOULOUREUSEMENT.

Je l’identifie – L’Hallux -.

Je me rassois sur le bord de mon lit, relève élégamment ma jambe vers mon visage afin de mettre une définition sur cette douleur.

Ce gros orteil me paraît rouge, un peu gonflé et HORRIBLEMENT lancinant.

J’ai alors deux solutions :

Soit je me recouche et j’attends qu’on me libère de ce mal, et je peux attendre car je suis seule à la maison jusqu’à ce soir…

Soit je me fends d’une consultation chez mon médecin référent. Après une longue réflexion (10 secondes), j’opte pour la seconde et me rends en sautillant jusqu’à ma salle de bain… Après quelques ablutions, je m’apprête à me chausser. Le pied gauche ne me fait aucune difficulté, quant au pied droit, impossible de le couvrir même d’une chaussette. Je décide donc de le laisser nu, et clopin-clopant, je me propulse à l’aide du seul pied valide qu’il me reste vers mon véhicule, qui est garé relativement loin, NON TRES TRES TRES LOIN de ma porte d’entrée.

Installée enfin derrière mon volant, je conduis tant bien que mal jusqu’au cabinet médical.

10H50 Je me glisse dans l’entrebâillement de la porte donnant sur la salle d’attente du cabinet médical (cité juste deux lignes plus haut) de mon médecin référent (cité juste un peu plus haut, 8 lignes, si je compte bien).

Je salue comme il se doit l’assemblée qui se trouvait là. Aucune réponse en retour.

Je parcours des yeux la pièce aux faibles dimensions.

Elle est comble.

Les sièges (au nombre de dix dont deux sièges enfants) sont occupés par trois hommes, cinq femmes et deux chérubins.

Je décide donc de me caler contre le mur entre le radiateur et la porte, seul endroit encore disponible, lorsqu’un enfant d’une dizaine d’années me laisse sa chaise.

Un beau modèle en plastique aux couleurs acidulées « vert pomme ».

Je m’y installe en remerciant ce jeune apprenti de la galanterie.

Dans un angle, coincée entre le bac à jouets et un fauteuil d’ « adulte », je détaille alentours.

De gauche à droite :

– Une jeune fille mâchant bruyamment son chewing-gum et jouant avec ses ongles,

– Un retraité paisible,

– Un père de famille, vorace d’actualités, feuillette rapidement les pages d’un magazine ; puis d’un autre… Encore un autre… Son gentleman de fils sur ses genoux (tu te souviens, c’est l’élégant qui m’a laissé son repose-fesses ?) jouant avec son nez, ou plutôt les crottes de son nez,

– Une jeune mère de famille se divertissant avec sa fille, une enfant de cinq ans environ posée sur la copie de mon porte-séant,

– Un quadragénaire fixant avidement la porte dans l’espoir d’y découvrir le visage de son médecin adulé,

– Une femme « maniaque » qui se lève fébrilement pour ranger sur la table basse les revues posées par ces personnes à l’affût,

– Une petite dame, discrète, la doyenne de la pièce,

et,

– Une jeune déléguée médicale. Personne reconnaissable entre toutes. Indice. Un grand sac rempli de prospectus, un ordinateur de poche avec au poignet gauche une énorme montre, sans oublier son téléphone portable. Mais de nos jours qui ne possède pas cet instrument indispensable, permettant de faire partager à son interlocuteur et surtout aux voisins d’infortune de remarquables bouquets lexicaux. En première ligne face aux médecins, elle est chargée de les informer sur la mise sur le marché de tout nouveau produit en assurant leur promotion. Mais le savais-tu ? Elle a l’obligation de rencontrer une moyenne de 6 médecins/jour sur un secteur géographique défini lors de l’embauche. Mais revenons à nos compères…

11H04 L‘obsédée du rangement libère sa place et aussitôt le pacifique retraité la réquisitionne. Il se trouve alors à côté du quadragénaire pressé. Ils se connaissent donc. Le retraité placide devient un pensionné glouton de paroles… « Il se lance dans son récit de la guerre d’Algérie qui a duré pour lui deux ans… » Son voisin et ami ne peut que placer quelques mots, parlant de son mal à lui, actuel, « un problème de coagulation qui lui a occasionné plusieurs hospitalisations depuis cet été…»

11H25 L‘homme âgé d’une quarantaine d’années est soulagé de prendre à pleines mains la porte, cette porte tant convoitée, afin de montrer ses nouveaux résultats biologiques, s’éloignant ainsi des affres de cette maudite guerre, et laissant pantois le soldat avide d’explications martiales.

La mère de famille n’a de cesse de lire des fiches de questions enfantines à sa fille qui lui répond sans aucune hésitation et qui malheureusement en redemande encore et encore… « De quelle couleur est la nourriture de pimpin le lapin ? » « ORANGE. »

11H37 Notre médecin référent enfin libéré d’une consultation sanguinaire, nous sauve ainsi des questions-réponses incessantes, invitant donc ce couple (mère-fille) studieux à remettre ces fiches en place et quitter l’auditoire (malgré lui).

12h01 C’est au tour de la jeune mastiqueuse de se déchirer de son siège, laissant sur le sol, de ci de là un carnage ‘manucurien’.

12H22 Le vieux soldat se lève et sort sans un mot …. L’organe vocal s’étant atrophié au départ de son voisin et ami.

12H48 La silencieuse vieille dame repose calmement sa revue et disparaît lentement de ce living-room.

13H03 Aux suivants : l’assoiffé de lecture et son courtois petit homme abandonnant des pages déchirées de magazines et un amas de détritus nasaux.

Je m’extirpe douloureusement et m’installe sur le sofa anciennement occupé par ma voisine de gauche, la rongeuse, retrouvant ainsi une posture confortable et l’usage de mes membres ankylosés, essayant de chasser tout ce brouhaha de ma tête qui est sur le point d’exploser, lorsqu’une sonnerie de téléphone me fait sursauter.

C’est le portable de la jeune visiteuse au bagage béant dont on peut apercevoir de nombreux dossiers, elle décroche et parle tout bas, mais je suis à quelques centimètres d’elle et la conversation défile dans mes oreilles.

«Je suis dans une salle d’attente… oui… ce n’est pas grave….Non, Je ne suis pas malade… Mais, non Je te dis. Tu sais bien que c’est mon travail de fréquenter des salles d’attente, JE TE RAPPELLE QUE JE SUIS UNE VISITEUSE MEDICALE… Je te rappelle plus tard… Bisous… oui…à tout de suite… Bisous….Bisous… »

Sans aucun doute, un appel personnel.

Cette représentante est prête à régurgiter les avantages du ou des récents médicaments proposés par son laboratoire, compositions, indications, contre-indications, posologie… Durant le proche entretien, elle devra répondre à toutes questions de mon généraliste afin de l’inciter à prescrire ces inédits produits à ses nombreux patients.

Il est 13H26, enfin seule dans ce réduit encombré de meubles fatigués de nombreuses heures passées à maintenir tant de fesses …

14H26 Mon médecin me diagnostique une CONJONCTIVITE

et

je ressors avec une ordonnance d’un tout nouveau

COLLYRE !

 

Redoutable efficacité de cette VRP du médicament.

 

a2a9e445

 

Publicités

2 commentaires sur « Salle d’attente »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.